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La petite histoire de celui qui vous apporte votre courrier.

On relève une des premières mentions du facteur distributeur de lettre, dans un document de la cour des Aides datant de 1638. Mais le terme désignait plus couramment à cette époque celui qui fabrique quelque chose ou qui agit pour le compte de quelqu’un. Furetière *, dans son dictionnaire (1690), le définit comme un «commissionnaire de marchand, celui qui achète pour d’autres marchands des marchandises ou qui les vend en leurs noms ». Mais le métier de facteur s’organise véritablement avec la création de la petite Poste de Paris en 1760. Auparavant, il n’était guère possible de correspondre d’un quartier à un autre de la ville sauf à envoyer en course un domestique ou un petit savoyard. À cette carence du système postal, Renouard de Velayer avait bien essayé, en 1653, de remédier. Il suffisait d’attacher à la lettre un billet de port payé et de jeter le tout dans une boîte aux lettres prévue à cet effet. Mais l’expérience tourna court : « aucune lettre ne fut rendue à son adresse, rapporte Furetière dans son roman bourgeois, et à l’ouverture des boîtes, on trouva pour toutes choses des souris que des malicieux y avait mis ». Abandonné, le projet de petite Poste est repris en 1758 sur l’initiative du philanthrope Piaron de Chamousset * qui obtient de Louis XV des lettres patentes l’autorisant à installer «une Poste particulière dans l’intérieur de notre bonne ville de Paris ». Les villes de provinces se dotèrent à leur tour d’une petite Poste. Ce fut le cas de Bordeaux (1766), Nantes (1777), Rouen (1778), Nancy (1778), Lyon (1779), Strasbourg (1780), Marseille (1781) et Lille (1784).
À Paris, sous Louis XV, deux cents facteurs font trois distributions par jour, ils utilisaient une crécelle ou un claquoir pour avertir le public de leur passage. Rapidement le service s’étoffe.
Privilège des citadins, la distribution du courrier à domicile ne concernait pas des millions de ruraux. Il faut attendre la grande réforme postale de 1829 pour que bourgs et villages de France reçoivent la visite du facteur, d’abord tous les deux jours puis quotidiennement, ils sont cinq milles en 1830, mais près de vingt-trois milles en 1910. Pas un jour de repos pour ces facteurs rémunéré au kilomètre et qui parcourent en moyenne vingt-sept kilomètres par jour en 1877. C’est seulement en 1893 que les facteurs sont autorisés à prendre un jour de congé par mois.
Au XIXe siècle commence à se dessiner l’image d’un facteur populaire. Trait d’union entre la ville et la campagne, il est «l’espérance en uniforme », «la voix mystérieuse qui parle tout bas à toutes les oreilles, qui se fait entendre de tous les cœurs » écrit Jules Janin. Il est aussi le commissionnaire fidèle que l’on charge de rapporter de la ville voisine des comestibles, des médicaments, des provisions de toutes sortes.
Qu’il vent ou qu’il neige, été comme hiver, le facteur marche par tous les temps. L’utilisation de la bicyclette à la fin du XIXe siècle, puis de l’automobile dans les années cinquante, va soulager considérablement la tournée des facteurs que l’on appelle préposé depuis 1957. Ils sont aujourd’hui près de quatre vingt milles à distribuer chaque jour soixante six millions de lettres et de paquets.


* Furetière (Antoine), écrivain français (Paris 1619 - id. 1688), auteur du Roman bourgeois (1666). Son Essai d'un dictionnaire universel (1684) le fit exclure de l'Académie française. Son Dictionnaire universel parut en Hollande en 1690.
* Chamousset (Claude Piarron de), philanthrope français (Paris 1717 - id. 1773). Il améliora le régime des hôpitaux militaires et créa un service de distribution des lettres dans Paris.